L’été est synonyme de vacances, plage, mojito et aussi et surtout de festivals de musique ! Les Francofolies, Les Vieilles Charrues, Rock en Seine, Calvi On The Rock, le Hellfest… Il y en a pour tous les goûts : rock, électro, métal, variétoche, musiques du monde… et à toutes les sauces : à la plage, à la campagne, en montagne, à la citadelle, dans les arènes, au théâtre… De quoi satisfaire les connaisseurs, amateurs et les curieux avec des programmations musicales et des ambiances plus éclectiques les unes que les autres. Si pour certains vacanciers, cela reste une sortie culturelle estivale pour faire prendre l’air à leur grosse et leurs gosses, pour d’autres, il s’agit chaque année de rendez-vous immanquables. Au point, de scruter avec impatience le jour où le programme sera enfin dévoilé. Et désormais, c’est via les réseaux sociaux que les organisateurs font patienter les fans, distillent les informations et diffusent l’ambiance du festival pour le plus grand plaisir des spectateurs et.. des absents.

Alors, Il y a les « gros » festivals, ceux qui sont sur toutes les lèvres et auxquelles il faut être (et se montrer pour certains…), comme ceux cités précédemment. Et puis, il y a des festivals plus intimes, plus anonymes mais qui ne déméritent pas pour autant. De quoi s’intéresser de plus près à la stratégie social média des festivals de musique !

Festivals de musique d’été en chiffres

Une étude¹ réalisée par le Centre National de la chanson, des Variétés et du jazz (CNV), l’Irma (Centre d’Informations et de ressources pour les musiques actuelles et la Sacem, révèle que ce ne sont pas moins de 815 festivals de musique organisés à l’été 2014. Représentant plus de 50% des manifestations sur l’année !

Si les annonces de réduction, d’annulation, de report s’enchaînent d’années en années, les festivals de musique restent une richesse culturelle et une source de dynamisme économique pour les villes organisatrices. En effet, en 2014, c’est plus de 2,7 millions de festivaliers² qui se sont déplacés à la rencontre des artistes. Il est donc primordial d’assurer une communication sans faille avant, pendant et après un festival afin d’en faire sa promotion, et ainsi attirer de nouveaux spectateurs, mais également pour fidéliser les habitués. Et les festivals de musique d’été l’ont bien compris en assurant leur présence sur les principaux réseaux sociaux :

Festivals de musique et réseaux sociaux en chiffre
Les festivals de musique d’été sur les réseaux sociaux (Août 2015)

 

 

Qui a dit que le Métal n’était qu’une musique de sauvages aux cheveux longs? En attendant, c’est le Hellfest qui a la plus grosse (communauté) sur Facebook et Instagram. Qui plus est, avec un taux d’engagement  4 fois supérieur en moyenne par rapport aux autres festivals pour Facebook. Ce taux d’engagement peut notamment s’expliquer par la publication régulière de vidéos (correspondant à plus de 20% de leurs posts). Car, on le sait depuis un certain temps déjà, l’algorithme de Facebook favorise la portée des vidéos.

Pour autant, à l’heure où la vidéo est le média le plus regardé et le plus engageant , il est étrange que le Hellfest n’ait pas investie dans une chaîne Youtube, tout comme « Les Francofolies ». Plusieurs hypothèses se posent à nous quant à ce choix : 1) Les organisateurs souhaitent susciter un désir et dévoiler l’ambiance uniquement à travers des photos. 2) Une vague histoire de droit à l’image avec les artistes, les boites de production, et la SACEM ne permet pas de filmer et diffuser des extraits de concerts. 3) Ils ont préféré s’orienter vers DailyMotion. Et oui. Certains festivals ont leur propre webtv.

Du côté de twitter, « Rock en Seine » et « Les Francos » se démarquent largement en termes  de followers  (respectivement 100k et 85k abonnés). Alors que « Les Eurockéennes » semblent mettre le paquet sur Google + (et en sont récompensés à la vue de leurs nombre d’abonnés), le Hell Fest et le Main Square ont complétement délaissé la plateforme sociale au profit des plus « populaires ».

L’annonce de la programmation : à chacun son style

Il y a ceux qui annoncent leur programmation 6 mois à l’avance, comme le Main Square Festival. Un post correspond à un artiste, c’est sobre dans la description, tout en invitant les fans à réserver leurs places directement sur le site du festival.

Publication Facebook du Main Square
Noël en Juillet

Rock en Seine qui tease afin de préparer les fans à l’annonce et en les invitant à rejoindre l’event :

Teasing & event pour Rock en Seine
Une façon de faire patienter les fans

Et puis, il y a les autres, comme les Francos qui annoncent la programmation deux mois avant. Mais là où les Francofolies se démarquent c’est que ce sont les artistes eux-mêmes qui s’annoncent en vidéo.

Post Facebook, Les Francofolies  en vidéo
L’annonce du programme du festival en vidéo par les artistes

Une bonne façon de créer de la proximité entre les festivaliers et les artistes invités qui s’adressent directement à eux. Et également, de créer plus d’engagement sur la page fan!

Sinon, le Hell Fest qui, en toute simplicité, dévoile les têtes d’affiches de sa programmation par un changement de couverture. Simple, mais efficace. Sans chichis. Stay Metal.

Une nouvelle couverture pour le Hell Fest
Heaven to Cover pour le Hell Fest

Enfin, pour faire patienter encore un peu les spectateurs, certains festivals n’hésitent pas à montrer la préparation du terrain et de la scène.

Post Facebook Main Square, installation de la scène
La scène du Main Square Festival lors de son installation

Les internautes étant de plus en désireux de connaitre l’envers du décors, ne peuvent qu’être ravis par ce genre de publications… Preuve en est avec le nombre de fans qui likent le post !

La mise en avant des Artistes

Sans surprise – et en toute logique – le contenu diffusé sur les réseaux sociaux concerne en grande majorité la programmation de l’année à travers la promotion des artistes  se produisant sur le festival.

Si les artistes ont de plus en plus intérêt à communiquer sur les réseaux sociaux afin de renforcer leurs liens avec leurs fans (voir nos conseils ici), les festivals de musique ont eux aussi tout intérêt à diffuser les clips et chansons des artistes venant se produire. Idéal pour satisfaire les fans de l’artiste en question, le top pour faire découvrir celui-ci aux autres.

Publication Facebook _Promotion_Artiste
Voir et écouter ce que nous réservent les festivals

Des festivals qui mettent en avant leur communauté de fans

Si les festivals de musique d’été mettent en avant leurs artistes, c’est bien les fans qui sont le plus souvent au centre des publications.

Alors que les looks des festivaliers de Coachella sont mis en vedette chaque année dans Vogue, et que Calvi On The Rocks a vu cette année des clones à tête de fleurs surgir d’on-ne-sait-où, c’est à se demander si certains festivaliers ne s’y rendent pas uniquement pour se pavaner… Bref, passons, je frôle le hors-sujet^^. Pour autant, c’est à travers ces mêmes festivaliers  qu’on peut deviner  l’ambiance d’un festival : plutôt fun, plutôt m’as-tu-vu (sic), plutôt décontracté, plutôt pointu, etc. C’est l’occasion de voir défiler les looks (et déguisements) les plus improbables :

Look Festivalier Hell Fest
Un look d’enfer pour le hell Fest

 

Et de glorifier les festivaliers les plus cools :

Festivaliers Eurockéennes 2015
Innovations aux Eurockéennes : un point infos vivant

Ou tout simplement en retweetant ses abonnés :

Tandis que le CM des Eurockéennes met à l’honneur les festivaliers en leur proposant de se taguer, leur permettant de revivre le temps d’une photo l’ambiance de ces quelques jours en musique :

Festivaliers Les eurockéennes belfort 2015
Le classique « Tag Yourself » : classique mais tellement sympa pour les fans

Les festivals de musique bichonnent leurs fans sur les réseaux sociaux en leur distillant des conseils bien avisés et très utiles. En publiant ce type de conseils, et par la même occasion des infos, les organisateurs montrent à quel point ils sont soucieux du bien-être de leurs fans :

Conseils aux festivaliers
Gilbert Montagné n’a qu’à bien se tenir (–> coup de soleil…)

Le Hell Fest fait encore mieux (et plus fort) en créant carrément une page dédiée à son Fan Club : le HELLFEST CULT regroupant à ce jour plus de 1700 fans :

Cover Facebook HellFestCult
Le HellFest est culte, et son fan club est bien là pour le démontrer

Et puis, c’est bien connu, les réseaux sociaux c’est le top pour remercier ses fans :

 Pendant le festival, ça swingue sur les réseaux sociaux

Avant, pour connaitre l’ambiance d’un festival, écouter et regarder les artistes se produisant sur scène, il fallait tout simplement être sur place. Sinon, il fallait se contenter de la diffusion des concerts 10 mois plus tard sur une chaîne obscure du câble, si toutefois le dédit festival était filmé.

Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, on a la chance de pouvoir être imprégné de l’univers musical des festivals.

C’est par exemple le Festival des Eurockéennes de Belfort ou encore le Main Square, qui plusieurs fois par jour durant le festival, et en direct, proposent des photos des concerts du jour. Une façon de promouvoir les artistes et la programmation !

Post Facebook IAM au Main square Festival
IAM au Main Square Festival : Ne te détourne pas de la main tendue vers toi

Pour le plus grand plaisir des absents (ou pas!), cette année, le Main Square a dépêché un chroniqueur allant à la rencontre des festivaliers et des artistes pour recueillir leurs impressions ! L’idée étant de faire découvrir aux socionautes l’envers du décors et l’ambiance du festival à travers des mini reportages vidéo :

Chroniqueur Main Square 2015
Le Main Square en vidéo : Comme si on y étiez !!

Les live tweet ont la côte également : conférence de presse, interview des organisateurs, des bénévoles… Tout est fait au service des festivaliers !

Cette année, Les Francofolies ont même innové en utilisant Periscope offrant ainsi à ses abonnés des streams live des concerts !

Outres Periscope, le festival de la Rochelle proposé même de suivre des concerts en direct sur leur site internet. Une joie pour les amateurs de musique qui n’ont pas pu faire le déplacement. Et pour toujours plus de live Les Francos et les Eurocks ont fait le choix aussi d’utiliser Snapchat :

Logo Snapchat Eurockéennes de Belfort
Du live et du snap pour les Eurockéennes de Belfort

La gestion des « ronchons » : Annulations et autres tergiversions

Quelque soit le secteur d’activité, une des missions du community manager est de gérer les détracteurs et les sollicitations des internautes sur les réseaux sociaux en cas de crise. Des festivals de musique d’une telle ampleur, réunissant des milliers de personnes, doivent malheureusement faire face à certaines déconvenues comme l’annulation à la dernière minute d’un artiste programmé, une programmation considérée comme décevante pour certains, un concert d’une piètre qualité due à un artiste venant juste prendre son chèque (si si ça arrive³), gérer les impatients…

Et les internautes – vous le savez chers confrères et consoeurs CM – peuvent souvent être très durs. Alors plusieurs solutions s’offrent au community manager sur le moment et selon la situation :

  1. Ignorer les commentaires; ce qui n’est pas forcément la meilleure option
  2. Masquer les commentaires (sans commentaire…)
  3. Laissez les fans se répondre mutuellement selon la tournure de la conversation
Commentaires des fans Rock en Seine
Discussions entre fans sur la page de Rock en Seine

 

4. Répondre avec tact, classe et humour, tout en gardant son sang froid. Ce qui reste un exercice de haut vol. Mais qui n’en reste pas moins notre activité favorite…

Réponses du CM des Eurockéennes 2015
La tête d’affiche des Eurockéennes 2015 : le CM

Les festivals de musique et le digital

Et puis au-delà de la communication « basique » sur les réseaux sociaux, les festivals de musique sont de plus en plus nombreux à se « digitaliser » à travers :

Les applications mobiles

Avec l’utilisation croissante des mobiles, les apps restent désormais la meilleure des solutions pour l’expérience en ligne des festivaliers. De plus, il n’est plus rare de trouver sur le lieu même des festivals des Points Wifi et des bornes pour rechercher son smartphone.

Application mobile festival de musique
Un festival, une appli

Des systèmes de paiement électronique

Qui dit festival, dit : bière, bière et merchandising. Et pour se faire plaisir, il faut bien avoir un peu d’argent sur soi. Comme tout festivalier qui se respecte, l’idéal quand on va à un concert c’est d’y aller sans sac (un problème pour les filles). Et sans prendre le risque que les quelques deniers sagement rangés tombent de nos poches.

Certains festivals, associés à des startups spécialisées dans les paiements électroniques, proposent des systèmes de cartes électroniques. C’est le cas du Hell Fest et de la société PayinTech qui proposaient une carte de paiement sans contact « cashless » pour remplacer les non moins célèbres jetons pour payer ses bières. Et ils ont pensé à tout. Car en cas de perte ou de vol du « précieux », la carte est bloquée, recréée et de nouveau créditée.

Des bracelets connectés

Coachella (ainsi que SXSW et Tomorrowland) a inauguré en 2014 l’utilisation des bracelets connectés  en substituts des cartes de crédit (plus d’erreurs d’encaissement, moins de circulation d’espèces) et de billets d’entrée !

Cette année, Rock En Seine et les Eurockéennes (et d’autres bien sur!) se sont associés à Spotify pour proposer aux festivaliers un bracelet connecté à leurs comptes Spotify. Ainsi, la playlist du festival est directement envoyée et chargée pour revivre les concerts. De plus, ce système permet d’accéder à du contenu inédit si le festivalier se rend au stand Spotify dédié. Une belle opération de Push Marketing!

Dans l’univers des bracelets connectés, de nombreuses applications sont désormais possibles : visualisation de l’activité de la foule comme au festival South by Southwest (où les danseurs les plus actifs gagnent des récompenses), leur consommation de boisson, leurs heures d’arrivée etc… tout un  ensemble de data, qui si elles sont bien analysées, sont susceptibles d’aider les organisateurs à ajuster certaines actions (logistiques et marketing) pour les prochaines éditions.

Et après ?

Quand vient la fin d’un festival, ce sont remerciements et félicitations sur les réseaux sociaux en se disant « à l’année prochaine ». Mais comment faire pour conserver un tant soit peu d’engagement sur les plateformes sociales et garder le lien qui uni les festivaliers aux festivals?

Tout simplement, en poursuivant la publication de contenus (à une fréquence moindre) tout au long de l’année.

C’est par exemple, des photos souvenirs des concerts, des festivaliers. Des vidéos montrant des extraits de concerts. C’est aussi la diffusion d’informations concernant la sortie d’un album d’un artiste s’étant produit sur l’édition précédente.

Ou encore, la tenue d’un blog tout au long de l’année comme celui du HellFest qui propose des interviews des artistes ayant foulé la scène du festival le plus rock d’Europe (du Monde?!).

Si le point commun des festivals de musique reste leur lutte pour ne pas disparaître l’année suivante (et dont chaque spectateur doit, selon moi, se soucier),  un autre point semble les unir : leur communication social media axée sur les artistes et les festivaliers, et démontrent  à quel point la musique est puissante pour réunir les êtres.

Cette description et analyse de la stratégie social média des festivals de musique d’été sont loin d’être exhaustives. Déjà, nous n’avons pas pu citer tous les (supers) gros festivals existants (telles que les Vieilles Charues, Solidays, Garorocks, etc.); et puis chaque festival ayant son propre univers, il est probable que certains aspects de leur communication nous aient échappé. Alors si vous avez apprécié cet article ou si vous l’avez detesté, si vous souhaitez apporter votre point de vue : commentez et partagez ! 🙂


 

Sources :

¹ La carte des festivals de France, societe.sacem.fr

² Infographie, Le bilan des festivals d’été 2014, telerama.fr

³ Je pense à The Avener qui a réalisé le plus fourbe des viols financiers et auditifs à Porto Latino, Août 2015 (c’était la phrase pute de l’année)

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